Notes pour un exposé
au
Comité
permanent du commerce international
« Le
partenariat pour la sécurité et la prospérité »
Au nom de
Common Frontiers:
John W.
Foster
Corina
Crawley
10 mai
2007
Exposé
présenté au Comité permanent du commerce international
Le PSP aidera-t-il à façonner l’Amérique du
Nord que nous voulons?
[John Foster]
Ø Je
tiens d’abord à remercier le Comité de nous avoir invités à contribuer à son
étude initiale sur le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité
et ses implications. Nous espérons
qu’il ne s’agit que du début de l’intérêt critique que portera le Parlement à
cette question.
Ø Ma
collègue, Corina Crawley, représentante du SCFP pour Common Frontiers, et
moi-même vous parlons au nom de Common Frontiers.
Ø Common
Frontiers est un groupe formé d’églises, d’organisations syndicales,
d’étudiants, de groupes environnementaux et de développement qui s’intéressent
depuis près de vingt ans au dossier de l’intégration nord-américaine.
Ø Nous
collaborons avec des coalitions affiliées aux États-Unis, au Mexique et au
Québec, de même qu’avec l’Alliance sociale continentale, présente dans
l’ensemble des Amériques.
Permettez-moi d’abord de présenter quelques
observations préliminaires :
·
Le Partenariat pour la sécurité et la prospérité
va beaucoup plus loin que l’ouverture des frontières, si important que cela
puisse être. Comme le soulignait le représentant du Conseil canadien des chefs
d’entreprise qui vous a adressé la parole précédemment, il s’agit d’un « document
stratégique et visionnaire ». À cause de son immense potentiel, ce
partenariat intéresse non seulement les chefs d’entreprises, mais aussi un très
grand nombre de Canadiens.
·
Les préoccupations soulevées par de nombreux
groupes devant ce Comité, incluant les nôtres, ont trait non seulement au processus,
mais aussi au contenu. Elles concernent le « pourquoi », le « quoi »
et le « comment » de cette entente.
·
Nous ne devons pas nous laisser distraire par
les discours incessants sur la « tyrannie des petites
différences ». L’autonomie
législative et réglementaire démocratique des Canadiens est en cause, par
exemple en ce qui a trait aux évaluations environnementales ou aux
vérifications pharmaceutiques. La
santé et le bien-être des Canadiens et de leur environnement sont en jeu.
·
Bien que les implications bilatérales du
Partenariat dominent, les Canadiens ne peuvent pas ignorer les implications de
cet engagement pour le Mexique, ses citoyens et sa démocratie, surtout dans les
secteurs de la sécurité, de l’agriculture et de l’énergie. Toute étude
parlementaire devra en tenir compte.
·
La « vision » incarnée dans le
Partenariat pour la sécurité et la prospérité, très biaisée et restreinte, n’en
est qu’une parmi d’autres. Chez
Common Frontiers, de concert avec nos alliés nationaux et internationaux, nous
avons contesté cette approche dès son annonce. Je reviendrai sur notre remise
en question à la fin de mon exposé.
Ø Au
sein du Comité, il y a eu des débats sur les effets de ce Partenariat sur les
revenus et sur l’égalité entre Canadiens, pas plus tard que le 3 mai. Le même jour, Statistique Canada
publiait des chiffres à jour confirmant que, pendant la décennie au cours de
laquelle l’ALÉNA a été en vigueur, l’écart entre les plus riches et les plus
pauvres au Canada a continué de s’élargir. (Statscan, Le quotidien,
03/05/07, voir aussi le Toronto Star,
« Rich, poor gap widens » [L’écart entre riches et pauvres
s’agrandit], 7 mai 2007).
Ø L’écart
entre le cinquième le plus riche et le cinquième le plus pauvre chez les
Canadiens a augmenté de près d’un tiers entre 1995 et 2005. Nous savons également que des tendances
similaires émergent aux États-Unis et au Mexique (voir, par exemple, le Conseil
canadien de développement social, The Impact of North American Economic
Integration on Children [Les effets de l’intégration
économique nord-américaine sur les enfants], Ottawa, mai 2006).
Ø Nous
savons aussi que des politiques sociales propres au Canada ont permis
d’atténuer les effets de cet écart, comparativement à ce qui s’est produit aux
États-Unis. L’ALÉNA et le Partenariat pour la sécurité et la prospérité sont
censés accroître les perspectives d’avenir et la prospérité de tous. Si c’est
vrai, pourquoi cet écart grandissant?
Ø La
question essentielle est de savoir si oui ou non des ententes comme le
Partenariat permettent aux gouvernements de réduire l’écart entre riches et
pauvres et d’assurer une plus grande égalité. Si le Partenariat réduit l’autonomie politique canadienne et
s’il est conçu de façon à favoriser l’harmonisation avec les politiques
caractéristiques de la société extrêmement inégale de notre voisin, il doit
être rejeté.
[Corina Crawley]
J’aborderai quelques-unes de nos préoccupations
concernant le processus du PSP, la flexibilité de la main-d’œuvre exigée par le
PSP et, brièvement, ses implications pour la richesse publique du Canada,
c’est-à-dire ses services, son infrastructure et ses ressources naturelles.
Processus et reddition de comptes
Ø Le
PSP a été annoncé par les présidents Bush et Fox et par le premier ministre
Martin à Waco, au Texas, dix ans après la signature de l’Accord de
libre-échange nord-américain (ALÉNA).
Ø En
mars 2006, les trois leaders se sont réunis de nouveau et on créé le Conseil
nord-américain de la compétitivité (CNAC), formé des chefs des plus grandes
entreprises et de leaders d’organisations d’affaires clés des trois pays.
Ø Le
CNAC doit proposer une orientation aux gouvernements quant aux moyens à prendre
pour faciliter le commerce et favoriser la réforme réglementaire.
Ø Dix
groupes de travail sont responsables d’élaborer des changements aux règlements
et procédures de sécurité du Canada et du Mexique afin que ces deux pays soient
en harmonie avec le programme de sécurité de Washington.*
Ø Peut-être
en réaction à l’opposition publique suscitée par des initiatives comme l’ALÉNA,
les promoteurs du PSP ont adopté une approche discrète aux pourparlers
trinationaux, loin des regards publics et du ressort des parlements.
Ø Par
exemple, le CNAC ne soumettra pas de recommandations exigeant des changements
aux lois et les hauts fonctionnaires semblent tout à fait prêts à coopérer.
Ø Jusqu’à
maintenant, seul un « groupe d’intérêt spécial » très étroit a été
invité à transmettre son point de vue.
Ø Le
Conseil canadien des chefs d’entreprises est un groupe de lobbying qui parle au
nom des 150 plus grandes sociétés au Canada. Le CCCE représente tous les
membres canadiens du CNAC et est leur secrétariat.
Ø Les
chefs d’entreprises qui siègent au CNAC sont en situation de conflit d’intérêt,
car ils conseillent aux gouvernements de prendre des mesures réglementaires
qui, en bout de ligne, feront grossir leurs bilans.
Ø Malgré
le processus dénué de transparence et de démocratie suivi jusqu’à maintenant
pour élaborer le PSP, nous avons suffisamment d’information provenant de
documents qui ont fait l’objet de fuites et de comptes-rendus publics des
récentes réunions tenues à Cancun et à Calgary, ainsi que d’autres sources,
pour savoir qu’il y a lieu de s’inquiéter.
Ø L’ALÉNA
devait éliminer les barrières au commerce, mais il devait aussi soumettre de
nombreux secteurs de la politique publique et de la vie sociale aux disciplines
du marché par la déréglementation, ce qui a donné lieu aux écarts de revenus
croissants soulignés par John.
Ø L’ALÉNA
devait avoir préséance sur les règlements nationaux, incluant les normes
relatives à l’environnement et au travail.
Ø Le
PSP prend les objectifs de l’ALÉNA et y ajoute les priorités politiques et
sécuritaires des États-Unis, ce qui soulève de nouvelles préoccupations en ce
qui a trait aux libertés civiles, à l’eau, à l’énergie et à l’environnement.
LA « FLEXIBILITÉ » DE LA
MAIN-D’ŒUVRE
Ø Le
PSP dépend d’une main-d’œuvre flexible.
Mais cette exigence entraînera une course vers le fond du baril dans le
monde du travail et une baisse des salaires et des dépenses – ce qui est
mauvais pour l’économie du Canada.
Ø Le
PSP doit entre autres faciliter le flot constant de travailleurs migrants vers
le Canada, créant ainsi un bassin régulier de main-d’œuvre à bon marché.
Ø Le
dernier budget fédéral favorisera l’atteinte de cet objectif en injectant 50
millions de dollars de plus dans le Programme des travailleurs étrangers
temporaires.
Ø Des
rapports récents faisant état d’exploitation et d’accidents et de décès au
travail dénoncent les violations des droits de la personne et une absence de
contrôle et d’application des normes du travail pour les travailleurs migrants
au Canada. Ces mauvaises conditions de vie et de travail sont bien documentées.
Ø Et,
dans beaucoup de provinces, les listes de postes admissibles au programme des
travailleurs étrangers temporaires s’allongent pour inclure des emplois pour
lesquels il n’y a pas pénurie connue de travailleurs, et qui sont parmi les
rares secteurs de travail qui offrent de bons emplois aux Canadiens à faible
revenu, aux nouveaux Canadiens et aux femmes.
LA PRIVATISATION
ET LA DÉRÉGLEMENTATION de l’infrastructure publique et des ressources
naturelles
Ø Le
PSP nous entraîne aussi rapidement sur la voie d’une privatisation et d’une
déréglementation plus grande, d’un contrôle accru des entreprises et d’un
affaiblissement des institutions publiques démocratiques pour harmoniser notre
politique gouvernementale à celle des États-Unis.
Ø Le
dernier budget fédéral a énergiquement favorisé les partenariats public-privé
et la privatisation grâce à :
§
la création d’un nouveau bureau fédéral de
promotion des PPP;
§
l’exigence que les grands projets publics
envisagent un PPP avant toute autre option; et
§
un milliard de dollars de fonds publics pour des
incitatifs destinés à convaincre les autres paliers de gouvernement de
privatiser par les PPP.
(pour en
savoir plus sur les PPP, visitez scfp.ca/)
Ø Les
problèmes de privatisation avec des PPP (coûts élevés, piètre qualité et perte
du contrôle public) sont aussi bien documentés.
Ø Avec
des ententes comme l’ALÉNA et le PSP, il est très difficile d’annuler une telle
affaire et de rapatrier des actifs publics dans le secteur public une fois
qu’ils ont été privatisés.
Ø Cette
observation s’applique à la déréglementation non seulement des infrastructures
et des services, mais aussi des ressources naturelles.
Ø Des
documents obtenus par le Conseil des Canadiens révèlent que des exportations
d’eau en vrac sont prévues en vertu du « North American Future 2025
Project » (Projet d’avenir de l’Amérique du Nord 2025), qui fait partie du
PSP. Une étude sur ce projet doit
être examinée à l’automne.
Ø Nous
savons aussi, par le site Web de la « North American Super Corridor
Coalition » (Coalition du super corridor nord-américain), que des plans
d’infrastructure sont en place et que, dans certains cas, la construction
d’équipement est en cours pour transporter de l’eau, de l’énergie et des
personnes entre le Mexique, le Canada et les États-Unis. (www.nascocorridor.com)
Ø Derrière
les discours sur la sécurité de l’énergie de l’« Amérique du Nord » se cachent
les véritables intentions du PSP, qui sont de mobiliser les ressources
énergétiques du Mexique et du Canada pour accroître la sécurité des États-Unis,
ce qui rendra le Canada vulnérable et encore plus dépendant des
exportations.
Ø La
privatisation et la déréglementation menacent non seulement les services
publics, mais aussi toutes les ressources publiques.
Ø Il
incombe à nos élus de gérer nos ressources naturelles dans l’intérêt
public.
Ø Si
l’on se fie à l’ALÉNA, les ententes prévues dans le processus du PSP
entraîneront la perte de l’autonomie réglementaire et politique du Canada.
[John Foster]
Une autre vision
Ø
Common Frontiers, de concert avec ses alliés
nationaux et internationaux, a élaboré une vision différente qui devrait
motiver et guider les relations continentales. Cette vision a été présentée à la veille de la réunion des
chefs de gouvernement à Waco (22 mars 2005 : Déclaration des
réseaux sociaux nord-américains sur l’avenir de l’ALÉNA)
et, plus récemment, dans une déclaration à la presse du 21 février 2007, juste
avant la réunion ministérielle trilatérale d’Ottawa (Les ministres
descendent à Ottawa pour mener l’Amérique du Nord sur la voie de la peur et de
la guerre). (Ottawa,
Montréal, Mexico et Washington – 21 février 2007).
Ø
Nous demandons la conclusion
d’ententes qui contribueront à mettre fin à la pauvreté et à réduire les
inégalités, à garantir une assurance-maladie publique universelle, à protéger
l’environnement, à assurer la sécurité alimentaire et à respecter les droits de
la personne.[1]
Ø
Nous contestons aussi le rôle joué
par une élite unique et privilégiée, le Conseil nord-américain sur la
compétitivité, et nous exigeons son remplacement par la tenue d’un examen et
d’un débat qui soient publics et parlementaires.
Ø Nous
appuyons la mise en œuvre de politiques qui aideront le Canada à regagner sa
souveraineté démocratique en matière de ressources énergétiques et hydriques,
des politiques guidées par des principes de développement durable et de respect
des droits de la personne.
Ø Les
gouvernements doivent étudier le rapport final du projet 2025 en septembre
2007. Soyons clairs quant à la nécessité que cette étude se fasse au Parlement,
avec audiences publiques, débat et vote.
Ø Le
rôle de l’État va au-delà de la facilitation des marchés, de l’application des
règles, du contrôle et de la surveillance. L’État doit aussi assurer une
qualité de vie acceptable, le respect des droits de la personne et des libertés
civiles, le dynamisme des collectivités, des économies et un environnement
durables, un approvisionnement à long terme d’eau potable et une politique
nationale de sécurité de l’énergie pour le Canada.
Merci.
_________________
[1] Ces documents et d’autres peuvent
être facilement consultés à www.commonfrontiers.ca
:ssj/sepb491
Research/International
Activities/International Trade/Notes for SPP presentation cc revised 07 05-fr